Histoire de la ville

Il est difficile de « raconter » Grand-Charmont sans parler de l’histoire de Montbéliard et du « Pays ». Rattaché à son chef-lieu géographiquement et économiquement, Grand-Charmont a toujours subi son influence.

            C’est vers l’an 1100 que le comté de Montbéliard est constitué. Après avoir affranchi « les bourgeois »* en 1283, Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, érige la ville en commune. Gouvernée par une commission nommée par tous les bourgeois, le Magistrat, la ville est, bien avant l’heure, une république (*Bourgeois : au Moyen Age, habitant d’un bourg, d’une ville qui jouit de certains privilèges et participe aux fonctions communales). Cette nouvelle situation favorise la naissance du commerce et permet un accroissement de la population. C’est à partir de cette époque que le comté va affirmer son particularisme.

            En 1397, la comtesse Henriette de Montbéliard se fiance avec le comte de Würtenberg, Eberhard IV le jeune, et c’est en 1407 que le comté de Montbéliard est rattaché au duché de Würtenberg, pour une durée de quatre siècles. Le comté de Montbéliard n’était pas soumis aux lois françaises, mais nos pères sont français de langue et de race, et le duché de Würtemberg ne sera jamais pour eux une patrie. Leur « patrie » c’est le « Pays ».

            Autre événement important : la Réforme, prêchée en 1535 par Pierre Toussain, ancien chanoine, qui permet à celui-ci d’organiser le culte et de régler l’enseignement de la jeunesse. Les pasteurs, dès cette période, en plus de leur fonction (prédication, catéchisme,etc…)exercent l’enseignement des enfants. Chaque presbytère se double d’une école. L’instruction publique devient obligatoire dans le « Pays » (1559), alors qu’en France elle est peu importante à cette époque.

            La suzeraineté des seigneurs s’exerce sur les habitants des communes du « Pays », dont Grand-Charmont. Pour le village, le culte, les services religieux, les inhumations, l’enseignement se font à Montbéliard.

            La Réforme introduit aussi à Montbéliard un esprit d’affranchissement et de progrès qui exercera sur l’histoire du « Pays » une influence heureuse et féconde.

            En 1573, les persécutions sanglantes dirigées en France contre les protestants amènent à Montbéliard un grand nombre de réfugiés. La présence de ces réfugiés français, dont plusieurs de très grandes familles, contribue à la vie intellectuelle de la cité.

            Une autre étape du développement du « Pays » c’est le règne de Frédéric Ier (1582-1608). Instruit, voyageur, intelligent, le comte Frédéric ramène de ses voyages beaucoup d’idées nouvelles. Entouré d’hommes d’esprit inventif, il fait faire de gros progrès à l’agriculture et amorce le départ d’une industrie qui deviendra très importante. Il crée des vacheries, notamment celle de la Grange-la-Dame, plante des vignes sur la Chaux et fait défricher de vastes surfaces qui mettent en valeur le « Pays ». C’est à cette période que les frères Bauhin, naturalistes compétents, introduisent la culture de la pomme de terre (deux siècles avant Parmentier) et créent sur le domaine du Charmontet, un jardin botanique.

            Ailleurs, profitant de la richesse en énergie du Pays (forêts, cours d’eau dans chaque vallée, présence de gisements), il fait démarrer une industrie diversifiée : forges et hauts fourneaux, imprimerie, papeterie, etc…

            Au début du XVIIIè siècle, viennent s’installer des anabaptistes expulsés de Suisse. Accueillis par le duc Léopold Eberhard (1699-1723), ils exploitent les fermes de celui-ci. Ils sont bientôt célèbres par leurs compétences en matière de culture et d’élevage. Ils améliorent la race bovine, qui deviendra plus productive. Les habitants de la campagne, influencés par leurs méthodes et leurs procédés de culture, développent le rendement de leurs terres.

            Côté industrie, c’est en 1764 que s’établit à Montbéliard une manufacture de « filage et tissure de coton ». Puis c’est Frédéric Japy (1749-1812) qui s’organise à Beaucourt puis à Montbéliard un atelier de fabrication d’ébauches de montres. Aves la métallurgie, citée plus haut, c’est l’extension de tout un tissu industriel qui ne va cesser de se développer.

            En France, la Révolution (1789) instaure une république, mais ce n’est que le 10 octobre 1793 que le pays de Montbéliard est occupé par les Français et, en 1796, que le Würtemberg renonce à ses droits sur la principauté. En 1779, la région de Montbéliard est incorporée au département du Mont-Terrible, chef-lieu Porrentruy, puis, en 1800, à celui du Haut-Rhin, chef-lieu Colmar, et Porrentruy devient une sous-préfecture. Elle est enfin rattachée au département du Doubs, arrondissement de Saint-Hippolyte, en 1814, au traité de Paris, lorsque Porrentruy est rendu à la Suisse. C’est en 1816 que Montbéliard remplace Saint-Hippolyte en tant que sous-préfecture.

            Après l’occupation du Pays par les troupes prussiennes en 1871, pendant et après la guerre 1914-1918, les industries occupent de plus en plus de main-d’œuvre. Il faut construire logements, usines et ce sont de petites colonies d’immigrés polonais, italiens, espagnols et tchèques qui se constituent. Ensuite l’implantation des usines Peugeot à Audincourt et à Sochaux, attire les familles des départements voisins (Vosges, Haute-Saône, Jura), confrontées dans ces régions à la pénurie d’emplois.

            Mais le plus important apport de population s’effectue après la Guerre de 1939-1945 et surtout dans les années 50. Ces travailleurs venus d’autres pays d’Europe, du continent africain, etc…suivis de leurs familles, vont modifier profondément la démographie du Pays. La construction de grands ensembles d’habitations dans les agglomérations qui encerclent Montbéliard va rompre profondément l’harmonie du paysage de notre région.

            Cette population nouvelle occupera les zones urbanisées en urgence au détriment de l’agriculture et d’une vie rurale qui disparaît de plus en plus.

 

*Bourgeois : au Moyen Age, habitant d’un bourg, d’une ville qui jouit de certains privilèges et participe aux fonctions communales

 

CHAUX devant...

C'est la montagnette de la " Chaux " comme parait-il, on l'appelait au XVIème siècle, qui a donné son nom à Grand-Charmont, ainsi qu'aux trois autres villages : Vieux-Charmont, Charmontey et Sochaux.Pour Grand-Charmont, et Vieux-Charmont, l'explication serait la suivante :

  • Char proviendrait de cal, du latin" calx ": la chaux, la pierre à chaux. Le" l " final se serait transformé en " r " devant la consonne " m ", cas assez typique des parlers de l'Est.
  • Mont, du latin " mons " : la colline.
  • Les adjectifs Grand et Vieux permettent de distinguer les deux villages l'un de l'autre.

Remarquons qu'il fut un temps où Grand-Charmont s'appelait Charmont-des-bois et Vieux-Charmont, Charmont-sur-l'Eau. Dans Charmontey, on retrouve la même formation. Ce village, autrefois situé entre Grand-Charmont et Montbéliard, à la Grange-la-Dame, disparut au XVIIème siècle. Enfin, Sochaux signifierait "sous la Chaux".

Un site exceptionnel de production de haches du Néolithique à Grand Charmont

Dans le cadre de l’aménagement de logements aux Grands Bannots par la SEDD, l’Inrap a réalisé en août et septembre 2017 une fouille archéologique sur plus de 6000 m2. Les recherches ont mis en évidence un habitat du Néolithique, daté entre 4200 et 4000 ans avant notre ère. Les vestiges mis au jour indiquent que le site était un lieu important de production de haches polies en roche vosgienne. Les blocs qui ont servi à produire ces haches viennent d’une carrière située à Plancher-les-Mines, à une vingtaine de kilomètres au Nord. Suite à leur acheminement sur place, ils étaient taillés puis polis avant fabrication. Le site de Grand-Charmont a livré plus de 2000 éclats, déchets de taille ou ébauches de haches brisées lors de leur façonnage. Avant utilisation, les haches doivent être polies : de nombreux fragments de polissoirs ont été mis au jour. Un autre secteur de la fouille a également livré beaucoup d’autres vestiges qui indiquent la présence d’un espace lié à l’habitat : parmi eux comptent des meules à grains, des vases et des zones de stockage de céréales.

Cette découverte est d’un grand intérêt scientifique : en effet, c’est la première fois, en Franche-Comté, que les archéologues peuvent étudier un site de cette période lié aux production de haches et de reconstituer la chaîne opératoire de fabrication de ces outils.

Responsable scientifique : Luc Jaccottey, Inrap

Prescription scientifique : Service régional de l’archéologie Bourgogne-Franche-Comté

Les recherches ont mis en évidence un habitat du Néolithique, daté entre 4200 et 4000 ans avant notre ère

Fouilles Archéologiques-Eté 2017 au Grand-Bannot